top of page

Adieu au V10 : pourquoi personne ne le fabrique plus en 2026 et pourquoi on va le regretter

  • Photo du rédacteur: Elara
    Elara
  • 27 juin
  • 5 min de lecture

Adieu au V10 : pourquoi personne ne le fabrique plus en 2026 et pourquoi on va le regretter

Il y a eu une époque où dix cylindres en V n'étaient pas un luxe réservé aux musées. C'était une architecture de moteur à part, ni tout à fait V8 ni tout à fait V12, mais une alchimie des deux. En 2026, le V10 a rejoint les dinosaures de l'automobile : aucun constructeur ne produit plus de V10 neuf. Pas de supercar annoncée avec cette configuration, pas d'hypercar en développement, rien. Le rideau est tombé. Et pourtant, on va le regretter — très fort.

Chez Motors Island, on célèbre la mécanique thermique. Alors plutôt que de verser une larme, levons notre verre à ce moteur qui a marqué une génération.

---

Les immortels : le V10 Hall of Fame

Audi R8 V10 FSI (2009–2023)

L'Audi R8 a popularisé le V10 chez le grand public. Issue de la Lambo Gallardo, cette mécanique de 5,2 litres a grimpé de 525 à 620 chevaux dans sa version finale (R8 V10 Performance RWD). Un moteur linéaire, criard à haut régime, capable de transformer une Audi calme en animal à 8700 tr/min. La fin de l'R8 en mars 2024, sans successeur thermique direct, a sonné le glas du V10 chez Audi.

Lamborghini Huracán (2014–2024)

La dernière grande supercar au V10. Son 5,2 litres atmosphérique poussait de 610 à 640 ch selon les versions, atteignant son apogée avec la Huracán STO et ses 640 chevaux sauvages. Sonorité stridente, aiguë, inimitable. Le remplaçant, la Lamborghini Temerario, a déjà viré au V8 biturbo hybride. Le V10 est mort chez Sant'Agata Bolognese.

Lexus LFA (2010–2012)

Le V10 le plus exotique de l'histoire. Conçu avec Yamaha, ce 4,8 litres atmosphérique tournait à 9000 tr/min et chantait comme un violon de Stradivarius. Seulement 500 exemplaires produits, mais une légende instantanée. Aujourd'hui, une LFA vaut entre 800 000 et 1,2 million d'euros sur le marché de collection.

Porsche Carrera GT (2003–2006)

Le V10 issu du programme F1 avorté de Porsche. 5,7 litres, 612 chevaux, boîte manuelle à six rapports, pas d'aide électronique. Considérée par beaucoup comme la dernière vraie supercar analogue. Les prix ont explosé : de 300 000 € neuf à plus de 1,5 million aujourd'hui.

BMW M5 E60 / M6 E63 — S85 (2005–2010)

Le V10 le plus sous-estimé de l'histoire automobile. Ce 5,0 litres atmosphérique développait 507 chevaux dans une berline familiale. Coupé avec un V10 de F1 Sauber-BMW, il offrait une sonorité métallique unique et une montée en régime féroce. Problèmes de fiabilité connus (pompe à huile, roulements), mais personne n'a oublié ce bruit.

Dodge Viper (1992–2017)

L'américain du groupe. V10 de 8,0 puis 8,4 litres, développé à partir du bloc V10 camion de Ram. Brutal, coupleux, sans filtre. La Viper ACR de 2017 reste une machine de piste terrifiante avec 645 chevaux et un aero agressif. La fin de production en 2017 a clos le chapitre V10 aux États-Unis.

---

Pourquoi le V10 disparaît

1. Les normes CO₂ et WLTP

Un V10 atmosphérique consomme entre 12 et 20 L/100 km selon l'usage. Dans un monde où chaque gramme de CO₂ est compté, ces moteurs sont devenus impossibles à homologuer sans hybridation lourde — et hybrider un V10 coûte plus cher que de passer directement à un V8 biturbo hybride ou un V6.

2. Le coût de développement

Un moteur V10 n'est pas simplement un V8 avec deux cylindres en plus. L'équilibrage, la gestion des vibrations, l'inertie du vilebrequin : tout est plus complexe. Pour des volumes de production ridicules (quelques milliers d'unités par an), les constructeurs ont fait le calcul : le V10 n'est pas rentable.

3. La hybridation obligatoire

Les futures supercars doivent être hybrides pour respecter les quotas d'émissions. Un V8 biturbo + moteur électrique offre la même puissance qu'un V10 atmo avec moins de CO₂ et plus de couple. Porsche, Ferrari, Lamborghini, McLaren : tous ont opté pour cette voie.

4. Le V8 biturbo a tout gagné

Le V8 4,0 litres biturbo est devenu la solution universelle : Audi, Mercedes, BMW, McLaren, Ferrari (pour les modèles d'entrée de gamme), Lamborghini... Il offre plus de couple, moins de consommation, et se hybridise facilement. Le V10 n'a plus sa place dans ce tableau.

---

Ce qui fait l'âme du V10

Alors pourquoi on va le regretter ? Parce que le V10 était le compromis parfait :

Plus linéaire qu'un V8 : la montée en régime est progressive, sans le coup de pied au derrière brutal des gros V8 biturbo.

Plus coupleux qu'un V12 atmo : à bas régime, le V10 offre déjà du répondant là où un V12 atmosphérique reste endormi.

Une sonorité unique : entre le grondement grave du V8 et le sifflement aigu du V12, le V10 trouve une harmonie propre. C'est strident, métallique, vivant. On reconnaît un V10 à l'oreille, même aveuglé.

La compacité relative : pour dix cylindres, le bloc reste plus compact qu'un V12, ce qui permet de l'installer dans des configurations mi-moteur ou avant acceptable.

C'est un moteur de puriste, qui demande d'être tenu haut dans les tours pour livrer son potentiel. Un moteur qu'on apprivoise, qu'on apprend à connaître. Pas une machine à couple instantané qu'on écrase d'un coup de pied.

---

État des lieux 2026 : le désert V10

En 2026, aucune supercar neuve n'est annoncée avec un V10 :

Lamborghini : Temerario en V8 hybride

Audi : plus de R8, plus de V10

Porsche : tout en flat-6 et V8 hybride

Ferrari : V12 atmo réservé aux modèles Icona, le reste en V6/V8 hybride

McLaren : V8 hybride

Aston Martin : V12 encore vivant (Valkyrie, Vantage) mais pas de V10

Chevrolet Corvette : V8

Le V10 a complètement disparu du catalogue des constructeurs. Même les hybrides rechargeables n'en utilisent pas : trop lourd, trop complexe, trop cher.

---

Le V10 redeviendra-t-il culte ?

Déjà oui.

Les prix des V10 en bon état grimpent en flèche :

Audi R8 V10 : les premières générations (2009-2015) se négocient entre 80 000 et 140 000 € selon l'état et les kilomètres

Lexus LFA : 800 000 € à 1,2 M€, et ça monte

Porsche Carrera GT : plus d'1,5 M€

BMW M5 E60 : les exemplaires entretenus grimpent au-dessus des 40 000 €, alors qu'on en trouvait à 15 000 € il y a cinq ans

Dodge Viper ACR : plus de 200 000 € aux enchères

Le V10 est en train de devenir ce que le V12 atmosphérique est déjà devenu : une espèce protégée du collectionneur. Moteurs à réserver pour le week-end, à sortir par beau temps, à écouter monter dans les tours sur une route de montagne.

---

Conclusion

Le V10 ne mérite pas nos larmes. Il mérite notre respect. C'était une architecture de moteur qui incarnait l'équilibre parfait : la puissance sans la vulgarité, la sophistication sans l'arrogance, le bruit sans le chaos. Aujourd'hui, en 2026, il n'en reste plus qu'à chérir ceux qui existent encore.

Si vous possédez une R8 V10, une Huracán, une M5 E60 ou même une Viper — gardez-la. Entretenez-la. Faites-la chanter. Parce que dans dix ans, entendre un V10 tourner sera aussi rare que d'entendre un V12 atmosphérique aujourd'hui.

Et vous, quel est votre V10 préféré ? Dites-nous tout en commentaire ou rejoignez la communauté Motors Island pour échanger avec d'autres passionnés de belle mécanique.

---

*Motors Island — La mécanique thermique n'a pas dit son dernier mot.*

Commentaires


bottom of page